Lutte contre l’insécurité alimentaire
Le P2-P2RS examine son rapport provisoire à mi-parcours lors d’un comité de revue stratégique à Coyah
La préfecture de Coyah a abrité ce vendredi 19 juin 2026, une rencontre de haute importance pour l’avenir agricole et la souveraineté alimentaire de la Guinée. Sous la tutelle du Ministère de l’Agriculture et du Ministère de l’Élevage, les responsables, cadres techniques et experts du Projet 2 du Programme de Renforcement de la Résilience à l’Insécurité Alimentaire et Nutritionnelle au Sahel (P2-P2RS)-Guinée se sont réunis dans un réceptif hôtelier local.

L’objectif de cette journée intense: passer au crible le rapport provisoire de revue à mi-parcours de cette initiative sous-régionale d’envergure, née d’un partenariat entre la Banque Africaine de Développement (BAD) et le Comité inter-États de Lutte contre la Sécheresse au Sahel (CILSS).
Pendant deux jours, experts sectoriels et cadres ministériels ont examiné avec rigueur, le document afin d’évaluer le chemin parcouru, de corriger les trajectoires et d’optimiser l’impact des investissements au bénéfice direct du monde rural.
L’urgence vitale de la résilience face au climat : le discours d’ouverture du Dr Mamadi Sano
La cérémonie d’ouverture a été solennellement présidée par le Dr Mamadi Sano, représentant le Directeur préfectoral de l’agriculture et de l’élevage de Coyah, empêché. Dans son allocution de cadrage, il a tenu à saluer la mobilisation et à rappeler l’importance existentielle de ce projet pour les populations rurales.

‘’Comme vous le savez, la question de la sécurité alimentaire et de la résilience face aux changements climatiques n’est plus une simple option politique, c’est une urgence vitale. Nos producteurs, nos éleveurs et nos populations rurales font quotidiennement face à des défis environnementaux et économiques majeurs. Ce projet est né de cette volonté ferme d’apporter des réponses durables, structurelles et concrètes. À mi-parcours de son exécution, il est de notre devoir de jeter un regard lucide sur le chemin parcouru.
Pendant ces travaux, je vous invite à analyser avec rigueur les indicateurs d’impact sur le terrain, à identifier les retards ainsi que les obstacles rencontrés, et à formuler des recommandations pour optimiser les ressources et maximiser les résultats d’ici la fin du projet. Le projet s’est fixé des objectifs ambitieux. Je ne saurais terminer mes propos sans adresser mes sincères remerciements au Gouvernement guinéen, à travers les ministres de l’Agriculture et de l’Élevage, ainsi qu’à l’ensemble des partenaires techniques et financiers, notamment la Banque africaine de développement (BAD), pour leur appui constant en faveur du monde rural. Je salue également l’engagement de l’équipe de coordination du projet qui œuvre au quotidien pour la réussite de cette initiative’’, a-t-il indiqué.
Un projet sous-régional stratégique à l’heure du bilan
Dr Mamadou Gandéka, Coordinateur National du P2-P2RS en Guinée, a rappelé la genèse et les ambitions de cette initiative d’intégration.

‘’Ce projet est une initiative conjointe de la Banque Africaine de Développement et du CILSS. Face au constat de la vulnérabilité de nos régions, ces partenaires ont uni leurs forces pour lutter vigoureusement contre l’insécurité alimentaire et nutritionnelle. Initialement lancé avec sept (7) pays, le programme intègre désormais neuf (9) nations lors de cette seconde phase, dont la Guinée, la Guinée-Bissau, le Sénégal, le Mali, le Tchad, le Niger et le Togo’’, a-t-il expliqué.
À l’heure actuelle, le projet affiche trois années d’exécution sur le terrain et s’orientera vers sa clôture définitive le 31 décembre 2027. Cette halte technique à Coyah s’avérait donc indispensable pour maximiser l’efficacité de la période restante.
‘’Ces deux jours d’intenses travaux nous ont permis d’avoir une vue globale sur l’ensemble du projet, d’identifier ce qui a été réalisé, de comprendre les goulots d’étranglement et de proposer des solutions réalistes. Les résultats validés ici seront présentés dès ce lundi 22 juin 2026 à Niamey, au Niger, devant les neuf (9) pays membres, avant de revenir en Guinée pour un atelier national d’approbation finale avec le gouvernement et les bailleurs’’, a précisé le Dr Gandéka, se disant pleinement satisfait de la qualité de l’engagement des participants.
Redresser la trajectoire pour optimiser l’impact d’ici 2027
Bien que les efforts fournis soient notables, le projet a dû composer avec des contraintes de démarrage. M. Condé Kémo, coordinateur par intérim de la Cellule d’exécution ministérielle de l’agriculture, a apporté un éclairage lucide sur la situation.

‘’Le projet a accusé un léger retard initial lié aux premières conditions de mise en place et au recrutement tardif du personnel complémentaire. Malgré cela, les équipes déploient des efforts considérables pour redresser la barre et combler les écarts. L’objectif de cette revue était de passer au crible chaque ligne d’action pour savoir précisément ce qui est faisable d’ici 2027. Pour accélérer la cadence, d’importantes recommandations ont été formulées à l’endroit du gouvernement, de l’unité de gestion et des bailleurs’’, a-t-il précisé.
Cette transversalité a également été saluée par Mme Diawara Féno, Directrice générale adjointe de la météorologie nationale. Tout en notant la progression constante de l’initiative, elle a insisté sur l’importance cruciale des données climatiques.

‘’La météorologie est un service transversal indispensable à la réussite de la production agricole. Nous nous réjouissons de cette collaboration avec le P2-P2RS et nous sommes pleinement engagés à apporter notre expertise technique afin que la composante météo joue tout son rôle dans la sécurisation des activités rurales dès les prochaines phases de mise en œuvre’’, a-t-elle martelé.
Les grandes résolutions de l’atelier de Coyah
Pour garantir la pleine réussite du programme d’ici sa clôture, les experts ont consigné une feuille de route rigoureuse, articulée autour de recommandations fortes.
À l’Unité de Gestion du Projet (UGP):
Finaliser sans délai le recrutement du personnel complémentaire essentiel ;
Associer systématiquement les services techniques sectoriels à la rédaction des Termes de Référence (TDR);
Accélérer les processus d’appels à sous-projets et finaliser les conventions avec les partenaires d’exécution.
Au Gouvernement guinéen:
Accélérer les circuits administratifs de traitement des dossiers liés au projet;
Assurer la mise à disposition rapide des fonds de contrepartie nationaux.
À la Banque Africaine de Développement (BAD):
Diligenter l’octroi des Avis de Non-Objection (ANO) et fluidifier le traitement des dossiers du personnel;
Faciliter le déploiement de la version Web du logiciel Tempro acquis et accélérer les procédures de remboursement y afférentes;
Privilégier l’expertise pointue des services techniques de l’État dans la mise en œuvre.
Il noter que ces recommandations issues de cette rencontre de Coyah vont désormais être intégrées au document final. Celui-ci sera soutenu par la délégation guinéenne lors de l’atelier régional d’évaluation prévu au Niger, marquant une avancée cruciale pour l’autonomie et la résilience des populations à la base.
Mamadouba CAMARA
